Lu sistèmas grafics (Les systèmes graphiques)

Le Comté de Nice a longtemps fait partie, successivement, du Comté de Provence, de la Maison de Savoie puis du Royaume de Piémont-Sardaigne avant d’être annexé par la France. Il en a résulté plusieurs influences différentes que l’on retrouve dans tous les aspects de la culture niçoise, notamment dans la langue occitane parlée à Nice et dans sa manière de l’écrire. 

Il existe ainsi trois systèmes graphiques différents: la graphie classique, la graphie mistralienne et la graphie italianisante.

1. La grafia classica (La graphie classique)

La graphie classique (dite normalisée ou alibertine) est la norme orthographique commune à tous les dialectes de la langue occitane dont le niçois fait partie. 

Elle est fondée en grande partie sur l’orthographe médiévale, déjà utilisée peu avant l’An 1000 par les troubadours de langue d’oc. Elle constitue ainsi la norme la plus proche de la graphie historique utilisée en vieux niçois. En témoigne le fameux Compendion de l’Abaco de Francès Pelós [Frances Pellos], un traité de mathématiques écrit en niçois et imprimé à Turin en 1492. Il s’agit du plus ancien livre imprimé en occitan que l’on connaisse. 

La graphie classique est l’aboutissement d’un travail volontaire de normalisation commencé au début du 19ème Siècle avec notamment le travail de Simon-Jude Honnorat se basant sur l’écriture médiévale des troubadours à laquelle il ajoute un processus de transcription et de prononciation de mots modernes. Elle est élaborée à la fin du 19ème Siècle par les poètes Jausep Ros, Prospèr Estieu et Antonin Perbòsc. C’est enfin Loís Alibèrt qui, en 1935, décrit et codifie la graphie classique, d’où son autre nom « graphie alibertine ».

Loís Alibèrt a tenté de concilier le système graphique de Frederic Mistrau, basé sur la phonétique du provençal rhodanien et en partie sur les codes graphiques du français, avec celui d’Estieu et de Perbòsc, archaïsant, et celui de Pompeu Fabra, adapté au catalan. 

Initialement fondée par Alibèrt sur les parlers languedociens, la graphie classique a été développée à partir de 1945 par l’Institut d’Estudis Occitans (IEO) puis adaptée aux autres dialectes (au gascon par Pèire Bec, au provençal par Robèrt Lafont, au nord-occitan par Pèire Bonnaud). Elle s’est développée à Nice, notamment dans les années 1970 avec la fondation du Centre Cultural Occitan País Nissart, qui deviendra Nissa Pantai. Au cours du 20ème Siècle, elle a été partiellement contestée et améliorée, avant d’être actualisée et fixée en 2007 par le Conseu de la Lenga Occitana (CLO).

C’est la graphie classique qui sera enseignée dans ces cours en ligne. C’est également celle qui est quotidiennement utilisée par l’association Nissa Pantai tant dans sa communication que dans les cours de niçois qu’elle donne.

2. La grafia mistralenca (La graphie mistralienne)

La graphie mistralienne (dite moderne, félibréenne ou roumanillienne) est une norme graphique apparue en 1853 dans les œuvres de Jòusep Romanilha [Joseph Roumanille]. Elle a été utilisée par la suite, malgré quelques réserves, par Frederic Mistrau [Frédéric Mistral], illustre poète membre fondateur du mouvement littéraire provençal Lo Felibritge [Lou Felibrige] et auteur de l’oeuvre Mirelha [Mirèio] qui lui a valu le Prix Nobel de littérature en 1904. C’est jusqu’à présent la seule fois où ce prix a été attribué à une oeuvre en langue occitane. 

Élaborée donc par Romanilha, cette graphie se distingue de l’écriture ancienne par une simplification orthographique et se base en partie sur la phonétique du provençal rhodanien (notamment celui parlé à Maillane) et sur les codes graphiques du français. La graphie mistralienne préconise entre autre la suppression des lettres muettes et une écriture proche de la prononciation des mots.

La graphie mistralienne est très présente en Provence d’où elle est originaire, bien que concurrencée par la graphie classique. Elle est largement utilisée par de nombreuses associations dont le Felibritge. À partir de 1860 et l’annexion du Comté de Nice à la France, la graphie mistralienne tente de s’imposer à Nice aux dépens de la graphie italianisante de Rancher. Ce n’est qu’en 1931, après de longues années de controverses et de résistance, que l’Acadèmia Nissarda finit par se rallier à la graphie mistralienne.

Aujourd’hui, la graphie mistralienne a supplanté à Nice la graphie italianisante et est largement répandue, bien que désormais en concurrence avec la graphie classique.

Les principales différences non exhaustives entre la graphie classique et la graphie mistralienne sont:

GRAFIA CLASSICAGRAFIA MISTRALENCAEXEMPLES
(class. <> mistr.)
Voyelles:
á
o/ó
ò

é
ou
o

siáu <> siéu
lo gibós <> lou gibous
escòla <> escola
Accents graphiques:
í
ú

ì
ù

aquí <> aquì
ambigú <> ambigù
Diphtongues:
au
iu
ò/oa
ou
uu

au/óu
iéu
ouò
óu
uòu

au, dau <> au, dóu
escriu <> escriéu
pòrt/poart <> pouòrt
enviroutar <> enviróu
cuu <> cuòu
Hiatus:



ii
oe

ahi/ahì/aï
ahu
ehi
ihi
ouhe

, ps <> a, ps
ra <> ahura
v <> vehi
dii <> dihi
coerent <> couherent
Consonnes:
x

s/is

exercici <> e(i)sercici
xilofòn <> siloufon
Finales sonores:

-d
-g
-m
-nh

-s
-t
-c ou -ch
-n
-n

doç <> dous
verd <> vert
sang, gaug <> sanc, gauch
mesclum <> mesclun
luenh <> luen
Finales muettes:
-c
-l
-m
-p
-r
-s
-t
ø
pauc <> pau
cònsol <> consou
rampaum <> rampau
còup <> còu
promier <> proumié
pantais <> pantai
clarament <> claramen
groupe consonantiques:
bd, gd…
dg, gg, tg
dj, gj, tj
bj, dj dans mots savants
nh
tl
dm, gm, tm
mn, nn
bs, ps
bt, ct, pt
tz

d
g
j
g
gn
l
m
n
s
t
s

abdicar <> adicà
garatge <> garage
miegjorn <> miejour
objècte <> óugète
montanha <> mountagna
tle <> role
setmana <> semana
annada <> anada
abstrach <> astrach
doctor <> doutour
tz <> dès
Désinences pluriel:
-s

ø

li fremas <> li frema
Désinences verbales:
-ar (infinitif 1er gp.)
-ir (infinitif 2d gp.)
-er (infinitif 3e gp.)
-m (conjug. 4e perso)
-tz (conjug. 5e perso)
-an (conjug. 6e perso)
-izar



-e
-n
-s
-on
-isà

cantar <> cantà
sentir <> sentì
créisser <> creisse
parlam <> parlan
sabètz <> sabès
calan <> calon

utilizar <> utilisà
Orthographe a/à:
a/a

a/à

a tu, a fam <> à tu, a fan

3. La grafia italianejanta (La graphie italianisante)

Plusieurs graphies italianisantes du nissart ont existé du temps où le Comté de Nice faisait partie des États de Savoie puis du Royaume de Piémont-Sardaigne où l’italien était langue officielle. La graphie italianisante la plus connue est celle dite de Rancher, du nom de l’illustre poète niçois Jousep Rosalindo Rancher, auteur notamment de La Nemaiada et pilier fondateur de la renaissance littéraire niçoise au 19ème Siècle, bien avant Frederic Mistrau et la création du Felibritge en Provence.

Bien qu’instruits en italien dans un Comté de Nice séparé de la Provence depuis 1388, les lettrés niçois n’ont jamais perdu le sentiment de leur appartenance à la langue d’oc. Dès 1823, Rancher constate les ressemblances entre niçois et provençal et écrit en 1832 dans la préface des Fabla nissardi: « dans la basse et la haute Provence, et je dirai même jusqu’aux frontières de la Catalogne, la langue est la même qu’à Nice, à quelques inflexions près. » Rancher est donc conscient de l’occitanité du nissart et de l’unité de la langue d’oc qu’il désigne sous le terme usuel de « provençal ».

Afin de faciliter la lecture à un public habitué à l’italien, et ainsi prouver que le nissart n’est pas un « patois italien » mais bel et bien un dialecte de l’occitan, Rancher choisit d’écrire en nissart et développe un système graphique inspiré de l’italien, à une époque où la graphie classique n’existait pas encore et où le travail de normalisation venait à peine de commencer.

Les principales différences non exhaustives entre la graphie classique et la graphie italianisante sont:

GRAFIA CLASSICAGRAFIA ITALIANEJANTAEXEMPLES
(class. <> ital.)
Voyelles:
á
o
ò

e
ou/o
o

siáu <> sieù
toi, non <> toui, non
escòla <> escola
Diphtongues:
ò/oa

uo/ouo

pòrt/poart <> puort/pouort
Hiatus:


ahi/ahì/aï
ahu

, ps <> a, ps
ra <> ahura
Consonnes:
c devant e et i
ç
g(u) devant e et i
j

q(u)

x

s/ss
s/ss
gh
gi devant a, o, u
g devant e, i
c devant a, o, u
ch devant e, i
s/ss

cen, nèci <> sen, nessi
tròç, plaça <> tros
, plassa
sigue <> sighe
j
ornada <> giournada

obcte <> ougete
quora <> coura
que <> che
exercici <> esercici
Consonnes finales:

-d
-g
-m
-ch
-lh
-nh
finales muettes -c, -l…

-s
-t
-c ou -ç
-n

-igl
-n

doç <> dous
verd <> vert
sang, gaug <> sanc, gauç
mesclum <> mesclun
ponch <> ponç
detalh <> detaigl
luenh <> luen
pauc, tròup <> pau, troù
groupe consonantiques:
ch devant a, o, u
ch devant e, i
lh
nh
bd, tl, dm, tz…

ci
c
i/gli
gn
d, l, m, s…

chaple <> ciaple
fachenda <> facenda
familha <> famiglia
montanha <> mountagna
setmana <> semana
Désinences:
-s du pluriel
-ar, -ir, -er de l’infinitif
-m (conjug. 4e perso)
-tz (conjug. 5e perso)
-an (conjug. 6e perso)


-à, -ì, -e
-n
-s
-on

li fremas <> li frema
cantar <> cantà
parlam <> parlan
sabètz <> sabès
calan <> calon
Orthographe a/à:
a/a

a/ha

a tu, a fam <> a tu, ha fan